Les populations parcourent parfois dix kilomètres pour trouver de l'eau potable.

C'est à sept kilomètres de Mokolo, le chef lieu du département du Mayo Tsanaga au Nord Cameroun, que se trouve la localité de Bao dans le district de Soulede-Roua. Bao, en cette fin de journée du 10 mai 2006, a tous les attraits d'un village paisible. Sous le Nimier qui jouxte la résidence du chef de village, les notables devisent sur des sujets divers. Dans les "sarés", les femmes et les jeunes filles qui ne sont pas allées chercher de l'eau s'attèlent à apprêter le repas du soir. Zaïna D. jeune fille du village confie, "Nous nous approvisionnons en eau au barrage de Mokolo. Dans les familles, chacun a son tour pour y aller. J'y étais ce matin, c'est ma petite soeur et mon frère qui sont allés cet après-midi." C'est à une dizaine de kilomètres de Bao que femmes et enfants vont à la quête du précieux liquide. A dos d'âne, avec brouettes et Pousse-pousse, ils rallient le barrage de retenue d'eau de Mokolo, cet immense lac.

barrage_1Bidias N'vaïwa raconte, " le matin, c'est aux environs de 3h que nous allons en groupes au barrage. Nous revenons au village vers 7 heures du matin. Cette eau sert à faire la cuisine. Nous la buvons, même si elle n'est pas toujours potable. Pour laver nos vêtements, nous allons au Mayo (la rivière) où il y a des points d'eau qui tarissent cependant en saison sèche. " Ce périple, qui mène au barrage, n'est observable qu'en ce mois de mai. Parce que confie Jonas Pledaï, lawan de Bao-Tassaï "Il y a des puits qui ont été creusés par le Projet de développement des monts Mandaras (Pdrm) et des forages aménagés par le Projet de réduction de la pauvreté et action en faveur des femmes dans la province de l'Extrême Nord (Prepafen). Ces points d'eau tarissent en cette fin de saison sèche. C'est pourquoi on a recours au barrage de Mokolo."

Dans les quartiers reculés tels Dalpai et Goldak, les puits sont cependant fonctionnels, mais les nappes d'eau ici ne suffisent pas à répondre à la demande des populations, d'où les multiples files d'attentes observées autour des points d'eau de ces quartiers. Zenaha Nguéléo, rencontré à Goldak, affirme : " Les gens puisent de l'eau à toutes les heures parce qu'à aucun moment le forage n'est vide. C'est pourquoi, au lieu d'attendre pendant près de six heures, certains préfèrent aller chercher de grandes quantités d'eau au barrage."

La situation intrigue les élites de cette localité. "On nous avait assuré, explique David Wenaï, que dans le cadre du projet d'adduction d'eau Mokolo-Mora inauguré par le Premier Ministre l'année dernière, le district de Soulede-Roua auquel nous appartenons devait bénéficier de quelques bornes fontaines. Un an après, il n'y a encore rien et ce sont les populations qui continuent de souffrir." Au centre de santé intégré de Medré, un infirmier de service déclare : "Ici, les personnes qui viennent, rencontrent pour l'essentiel des maladies hydriques. Il s'agit de la diarrhée, de la dysenterie, de la bilharziose... les conditions d'hygiènes que nous prescrivons ne sont pas toujours suivies par ces personnes." Avec l'arrivée des pluies dans certains recoins du Mayo Tsanaga, le calvaire des populations va s'estomper le temps d'une saison.

Dieudonné Gaïbaï, Quotidien Mutation 15 mai 2006